
Le département est placé en alerte renforcée sécheresse à compter du 3 août 2026.
Alerte renforcée sécheresse
David Posth-kohler
avec des pièces de la collection du musée d’art et d’histoire de Saint-Brieuc.
Et la projection des films, Les anges, Tonnerres et Dormir au soleil de Lola Gonzàlez
Exposition du 4 juillet au 26 septembre 2026
Pavillon des expositions temporaires
L’exposition Les yeux du hameau réunit des pièces de la collection du musée d’art et d’histoire de Saint-Brieuc, qui fait face au Pavillon et des œuvres de David Posth-Kohler. Après le duo Florentine et Alexandre Lamarche-Ovize l’année dernière, le sculpteur est invité, à son tour, à explorer le fonds du musée pour imaginer un dialogue à plusieurs voix.
David Posth-Kohler, qui avait entrepris des études d’électronique avant sa formation à l’école des beaux-arts de Lyon, avoue volontiers un goût pour le bricolage. Ce choix initial était motivé par le désir d’accéder à la mécanique interne des objets, à leur part magique. Seulement l’apprentissage purement scientifique ne suffirait pas à assouvir cette intense curiosité. Elle sera davantage comblée par la pratique empirique et soutenue de la sculpture, dans une compréhension sensible et néanmoins technique des matériaux.
Parallèlement David Posth-Kohler voyage beaucoup. Pas forcément loin. Il ne recherche pas le dépaysement dans la géographie mais dans la manière de la pratiquer, comme rejoindre Venise en kayak depuis Côme. C’est avec ce même désir d’aventure inventée qu’il sculpte. Ses pièces se dessinent à mesure qu’il les façonne, en fonction des matériaux qu’il collecte là où il est et dans une approche intuitive de la céramique qu’il pratique (il réalise des sculptures ainsi que des objets à usage comme des pots ou des vases en terre). Chaque élément fabriqué ou récupéré devient ainsi un fragment à associer, sans qu’aucune combinaison soit préméditée ni définitive.
Dès lors, ses sculptures partagent une même allure dégingandée, à la fois fière et bancale. De forme anthropomorphe, elles sont dotées de jambes et de bras longilignes, accrochés à un corps squelettique mais solide. David les affuble de vêtements amples ou ajustés, non genrés et de chaussures bigarrées qui accentuent leur pantomime. Souvent juchées sur du mobilier et des objets remaniés, comme si mettre pied à terre était interdit, elles semblent vouloir jouer à chat perché ou exécuter un ballet aérien.
Les œuvres de David Posth-Kohler sont intégrées à des environnements qu’il pense comme un plateau de théâtre ou de danse. Des espaces qu’il n’isole pas des visiteur.ices qui deviennent ainsi pleinement acteur.ices. L’installation ici, à l’échelle de l’espace d’exposition, est composée de petites architectures faites de tissus bariolés, au croisement de la cabane d’enfant et du chapiteau. A l’intérieur, visibles à travers de larges ouvertures, les pièces de l’artiste côtoient celles de la collection du musée, réparties par famille (pots, outils à manche, épis de faîtage…). Non loin de là, sur les murs blancs du pavillon, des tableaux et dessins, du 19ème et 20ème siècle, mettent en scène certains de ces mêmes outils. Réunir dans un même espace des objets (râteaux, faucilles ou encore rouets) et leurs représentations en peinture, était une joie simple, à laquelle on a cédé volontiers.
L’artiste a ainsi redoublé les correspondances entre les pièces (celles du musée comme les siennes) en recourant à différentes mises en abyme. Chaque œuvre semble être un élément d’un ensemble plus important car l’exposition rejoue elle-même, par la théâtralité de sa mise en scène et ses rapports d’échelle, ce procédé par lequel le fragment cohabite avec le tout, et où la communauté d’un hameau devient le théâtre d’un monde qui veille.
L’exposition se poursuit par la projection de trois films de Lola Gonzàlez, Les anges (2014), Tonnerres (2022) et Dormir au soleil (2025), qui mettent en scène, comme les autres que l’artiste a réalisés, un groupe de gens dont on ne sait rien, si ce n’est qu’ils semblent trouver du réconfort dans le fait d’être ensemble auprès d’une nature généreuse mais fragilisée, voire meurtrie (Le film Tonnerres a été tourné après le passage de la tempête Alex en 2020 dans la vallée de la Roya). Pas de mots échangés mais des corps qui engagent à travers leurs danses exaltées, leurs marches silencieuses et leur délicate acuité à ce qui les entoure, une lutte commune et déterminée. L’objet de la résistance n’est jamais explicite mais les paysages et les âmes laissent apparaître des douleurs aiguës que seule la grâce d’une équipe parfaitement synchronisée parvient à panser.
Lola Gonzàlez émet l’hypothèse que l’espoir et l’imagination collective peuvent surgir à tout moment des hameaux, là, à la marge, où les regards ne sont pas portés. Mais eux ont des yeux.
Solenn Morel