L'exposition
Les mots Bleu Mercure résonnent de manière familière pour les briochines et briochins car ils investissent, sous formes d’affichettes, des vitrines vacantes du centre-ville. Sous la poésie Cold Wave de l’énoncé se cache un promoteur immobilier d’entreprise qui propose de louer ou de vendre des locaux d’acti-vité et des bureaux. Lors de son premier séjour dans la cité costarmoricaine, Céline Vaché-Olivieri a été intriguée par le potentiel d’évocation de cet intitulé. Il y a quelque chose dans cette concision propre à la communication d’entreprise qui va chercher à susciter, dans l’endroit de l’imaginaire, un désir.
Les oeuvres de Céline Vaché-Olivieri prennent le plus souvent la forme de contenants, des boites ou des sacs dont on ne sait ce qu'ils renferment. L’artiste n’entretient pas vraiment le doute sur le fait qu’ils ne contiennent pas grand chose voire rien du tout. Et ce ne sont pas les quelques images qu’elle transfère ou mots qu’elle peint parfois sur leur surface qui lèveront le voile. Tels des titres de chansons (l’artiste écoute beaucoup de musique) ou de films (elle en visionne aussi en quantité), ils participent plutôt à éveiller et déplacer nos imaginaires que résoudre ce qui pourrait être perçu comme une énigme.
À l’instar de son intérêt pour Bleu mercure, Céline Vaché-Olivieri s’attache à la surface des choses, reflet pudique de nos désirs les plus secrets. Ses pièces ne sont pas clinquantes, elles ne reposent pas sur une séduction immédiate. Réalisées à partir de produits et matériaux pauvres, souvent trou-vés et choisis pour leurs qualités plastiques propres – des boites en carton, des sacs en plastique, des textiles – ses oeuvres affichent une apparence modeste. Modeste mais pas pour autant mini-maliste. Elles portent les marques de leurs histoires passées. Les cartons sont patinés, les tissus éli-més, les plastiques vieillis. Parfois l’artiste dissèque les objets initiaux jusqu’à ce qu’ils ne tiennent plus à grand chose. Mais ça tient. Parfois elle ajoute de la matière, du latex, de la colle, de la bâche plastique, et transfère des images sur les surfaces fatiguées. Les oeuvres, aux morphologies ainsi légèrement modifiées, peinent à s’établir dans une forme définitive. Elles ont besoin d’être ados-sées à un mur, suspendues à une accroche ou, si elles sont posées à même le sol, s’affaissent tou-jours un peu. Elles ne manifestent aucune autorité. Cette manière de prendre place sans ostenta-tion est particulièrement émouvante.
Céline Vaché-Olivieri duplique parfois en latex des objets qu’elle récupère, notamment des sacs plastiques jetables. On les reconnait, ils sont très semblables à leur modèle. Doubles d’objets déjà très largement démultipliés, ils semblent sourire de cette condition de fantôme, en intégrant à leur surface (par transfert d’images) des symboles d'une culture populaire toujours très vive. Les smileys et autres phrases empruntées à des chansons mélancoliques qu’ils affichent, soutiennent que le beau et le réconfort peuvent être partout.
L'exposition Bleu mercure réunit des créations inédites et des ensembles plus anciens. C'est un procédé que Céline Vaché-Olivieri répète. Elle aime réactiver ses œuvres dans des contextes différents. Pour la galerie Raymond Hains, elle conçoit une installation en Plexiglas rose fluo, constituée de 4 angles formés chacun de deux panneaux de 2 mètres de haut, répartis dans l’espace. Ces objets sculpturaux agissent comme dispositif d’exposition pour ses autres pièces. L’artiste les a imaginés comme des cabines d’essayage, mais résumés à leur plus simple architecture et transparents. Cette question de ce qui est donné ou non à voir traverse toute la recherche de l’artiste. A la galerie, elle a installé au fond de l’espace une série de grands miroirs qui réplique l’exposition et nous intègre dans son reflet. Dès lors le double se remplit d’une présence nouvelle et agrandit l’espace de nos imaginaires. Où le bleu mercure serait le rêve d’un rose fluo.
Céline Vaché-Olivieri
Née en 1978 à Paris
Vit et travaille à Paris et La Courneuve
Diplômée de l’école des arts décoratifs de Strasbourg
Infos pratiques
Vernissage : jeudi 9 avril à 18h
Exposition du 10/04/2026 au 27/06/2026
Du mercredi au samedi, 15h-18h (sauf jours fériés)
Gratuit, entrée libre
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